« Transhumanisme : Aldous Huxley imaginait le pire »
Recension du Prix du progrès d'Aldous Huxley par Frédéric Joly dans Le Point.
ILS L’AVAIENT PRÉDIT 7/10. Au début des années 1930, « Le Meilleur des mondes » préfigurait les totalitarismes et montrait comment le scientisme aveugle ne peut mener qu’au désastre.
C’est en 1931 qu’Aldous Huxley (1894-1963) se lance dans l’écriture de son roman Le Meilleur des mondes. Comme il le confie alors à son confrère Sydney Schiff, la perspective d’une organisation sociale hyperrationnelle lui inspire un sentiment d’« horreur absolue ».
En ce début des années 1930, l’eugénisme n’a pas encore été disqualifié par les horreurs du nazisme, et la technocratie est une notion connotée positivement. Craignant que le développement technologique bouleverse la condition humaine pour le pire, jusqu’à gommer toute individualité au plus grand profit d’un ordre collectif totalisant, Huxley imagine une société de castes dont la reproduction physiologique est dévolue à des biologistes et dont les membres sont programmés pour se féliciter de leur sort. En exergue de l’ouvrage, le romancier place une citation du Candide de Voltaire : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. »
Ce roman devenu un classique brosse le tableau d’un monde sans nations, sans arts ni sciences dignes de ce nom, où l’on ne connaît ni la passion ni les sentiments, et pas plus la douleur, physique ou morale (une médecine déshumanisée et des « ingénieurs en émotions » se chargeant d’en débarrasser promptement ses habitants). Ce monde qui allie le culte totalitaire de l’organisation et le productivisme capitaliste est planifié dans les moindres détails, à commencer par sa natalité : les enfants y naissent à la chaîne, à des fréquences obéissant aux exigences du marché (...).
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