04/07/22

« Tourisme de masse : des conséquences dramatiques aussi bien écologiques, économiques et sur l’aménagement des territoires »

Recension de Désastres touristiques d'Henri Mora par Pierre-Alix Pajot dans Le Peuple Breton.

Dans son ouvrage Désastres touristiques, Henri Mora revient sur cinquante ans de tourisme de masse : ses conséquences dramatiques aussi bien écologiques, économiques et sur l’aménagement des territoires. Un ouvrage qui pousse à la réflexion sur les pratiques touristiques sans toutefois, et c’est dommage, proposer des alternative à la massification.

À l’aube des grandes vacances, le retour à l’anormale promettait d’être vertueux pour le secteur touristique. Touché depuis deux ans par les mesures sanitaires, il est celui qui a été le plus impacté par la liberté de circuler. Pourtant, depuis des semaines on voit poindre quelque grains de sables dans cette belle dynamique. D’abord, c’est le manque de personnel dans la restauration qui est venu dès Pâques susciter quelques inquiétudes. Plus récemment, c’est au tour des compagnies aériennes d’annuler des vols faute de main d’œuvre. Enfin, le rebond de l’épidémie de la Covid donne quelques sueurs froides aux professionnels du tourisme.

C’est que le tourisme est le reflet du monde. C’est le propos que défend Mora dans le premier chapitre, où il retrace une courte histoire du tourisme et plus largement des déplacements humains. De la première révolution industrielle permise entre autre par l’émergence du chemin de fer et de la facilité à se déplacer, à aujourd’hui, le nombre de touristes n’a cessé de croître, jusqu’en 2019. Cette massification globale a eu évidemment des conséquences dramatiques sur l’aménagement des territoires. S’il n’y en avait qu’un exemple, ce serait, selon l’auteur, Disneyland. Déjà, la réalisatrice Ariane Mnouchine employait le terme de « Tchernobyl culturel » à propos de cette « invasion de la sous-culture américaine ». Défigurant les paysages, Disneyland a aussi éliminé les agriculteurs et refabriquer la nature en fonction de loisirs qui induisent eux même des dépenses de transports et de logements.

Mono-industrie et chantage à l’emploi

Dans le cas de Disneyland ce sont 15000 employés en CDI et 15 millions de touristes par an. Quand tout va bien. À ce titre le covid n’a pas épargné les finance de Coupvray dont le tourisme représentait 85 % de ses ressources. On aurait aussi pu prendre l’exemple de la Tunisie, touchée par les attentats en 2014, elle n’a jamais retrouvé le nombre de touristes qu’elle accueillaient jusqu’alors. Ces derniers préférant les côtes de l’Adriatique, où l’on retrouve les mêmes prestations.

Car le secteur du tourisme est également une féroce concurrence entre les territoires. À ce titre, les réseaux sociaux joue un rôle déterminant dans le choix du touriste de se rendre dans un lieu. Jouant sur cet aspect, les pouvoirs publics ne cessent de justifier des aménagements qui « créeront de l’emploi ». Argument massue, le chantage à l’emploi est l’ultime carte jouée lorsqu’un projet ne fait pas l’unanimité. On pense à ces « projets inutiles » qui ont cristallisé les tensions avant d’être finalement abandonnés (l’aéroport de Notre Dame des Landes, le CenterParc de Roybon dans l’Isère ou encore EuropaCity, un gigantesque centre commerciale à proximité de Roissy).

Et dans un pays qui compte toutes catégories confondu plus de 5 millions de chômeurs, qu’importe si les emplois proposés sont majoritairement précaires, de courte durée avec des conditions de travail souvent mauvaises.

D’autant que l’industrie touristique est extrêmement dépendante des crises (économiques, sanitaires, sécuritaires). Mora note que « le budget tourisme d’un foyer ou d’une personne souhaitant voyager sera le premier à être revu à la baisse, ou à disparaître, car cette activité ne sera plus considérée comme essentielle ou prioritaire ». La crise du covid 19 a engendré une perte globale de 255 millions d’emplois temps plein dans le monde selon l’ONU. En France ce sont 680 000 emplois qui ont été détruits. Il y a urgence a repenser ce modèle d’autant qu’il pose d’autres problème (...).

Pour lire la suite : www.lepeuplebreton.bzh/2022/07/04/desastre-tourisme

Henri Mora