« Nouveau générateur d’images de ChatGPT : "Dans deux ans, on ne croira plus rien de ce qu’on voit" »
Entretien avec Éric Sadin, auteur du Désert de nous-mêmes et de Penser à temps par Julie Malo dans Le Point.
OpenAI a dévoilé son nouveau générateur d’images, capable de créer des illustrations plus vraies que nature en un temps record. Une innovation inquiétante, pour le philosophe et essayiste Éric Sadin.
Est-ce seulement une révolution de plus dans le monde de l’intelligence artificielle (IA) ? La semaine dernière, OpenAI a dévoilé sa toute dernière nouveauté : un générateur d’images intégré à ChatGPT, qui permet de créer des visuels extrêmement précis et ultra-réalistes, dans des formats très différents.
Si l’entreprise de Sam Altman était jusqu’alors considérée comme en retard par rapport à d’autres - notamment Google avec Gemini, dont le modèle est souvent cité comme véritable référence -, elle semble avoir rattrapé ses concurrents avec « ChatGPT Images 2.0 ». Pour l’utilisateur, il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui a été créé par IA, et ce qui a réellement été photographié. Le philosophe et essayiste Éric Sadin, auteur notamment de l’ouvrage Le Désert de nous-mêmes (L’Échappée), s’est penché sur cette nouveauté pour Le Point.
Le Point : Cette innovation d’OpenAI, « ChatGPT Images 2.0 », démocratise la création, en proposant la génération d’images à la portée de tous, même de ceux qui n’ont pas les compétences et le savoir-faire normalement nécessaires. En ce sens, cette nouveauté est-elle bénéfique pour la création en général ?
Éric Sadin : Cette innovation ne démocratise pas la création, elle la détruit. Il n’y a aucune création là-dedans. La création, c’est un apprentissage, c’est s’inscrire dans une culture, témoigner d’un savoir-faire. Si l’on imagine que prompter, c’est créer, le monde est tombé bien bas.
Cette nouveauté va détruire toutes les professions de l’image qui requièrent de longues études et qui procurent une reconnaissance sociale - photographes, illustrateurs, graphistes. Ces travailleurs, souvent indépendants à la situation fragile, vont être éradiqués au profit d’un système où tout se fait sur quelques prompts. Le premier des devoirs moraux devrait être de penser aux conséquences sur ces métiers. On voit le gain de coût, et l’humain devient simple variable comptable. Tout cela me procure une peine infinie, et le fait que nous soyons si peu nombreux à éprouver cette peine en dit beaucoup sur l’état de délabrement de notre société.
C’est d’ailleurs pour cela que nous devrions en appeler à des chartes, dans tous les domaines, que ce soit dans l’art, les médias ou le monde de l’édition. Celles-ci devraient obliger à ne pas utiliser ces systèmes pour refuser de traiter l’humain comme une simple variable comptable (...).
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