« "Désarmer l’IA" : les impasses coupables du pape »
Tribune d'Éric Sadin, auteur du Désert de nous-mêmes et de Penser à temps dans Libération.
Si l’encyclique de Léon XIV sur l’IA a le mérite de poser le débat sur le terrain civilisationnel, plusieurs manquements, notamment concernant l’école ou le travail en limitent la portée, déplore le philosophe Eric Sadin.
La première encyclique du pape Léon XIV, principalement consacrée à l’intelligence artificielle, a provoqué, dès sa parution, un retentissement planétaire. Quoi de plus compréhensible, dans la mesure où il est inaccoutumé que l’Eglise catholique s’empare à ce point d’enjeux liés aux développements technologiques. Et ce, à un moment charnière, marqué par un processus sans cesse croissant d’automatisation du cours du monde et d’externalisation de nos aptitudes les plus fondamentales.
A cet égard, le titre est ô combien pertinent : «Magnifique humanité». Car c’est bien la question de la sauvegarde de dimensions qui participent de notre grandeur qui, aujourd’hui, s’impose à nous. Aux premiers rangs desquelles, le plein usage de nos facultés sensibles, intellectuelles et créatives. Faute de quoi, nous serons voués, et plus encore les générations futures, à être réduits à des coquilles vides.
En cela, on doit saluer le pape pour avoir placé le curseur d’appréciation à un niveau civilisationnel. Loin des considérations utilitaristes et comptables qui, généralement (...).
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