« Crise agricole : "Le modèle productiviste n’en finit pas de faire mourir ses propres enfants" »
Entretien avec Pierre Bitoun, co-auteur du Sacrifice des paysans, par Catherine Marin dans Reporterre.
Comment mieux comprendre le malaise agricole, avec ses manifestations, ses blocages, mais aussi ses suicides, son épuisement ? En remontant l’Histoire jusqu’à l’aube du capitalisme productiviste, propose le sociologue Pierre Bitoun.
Pierre Bitoun est sociologue et essayiste. Il réfléchit sur la paysannerie et son histoire depuis les années 1975. Au fil de son parcours, il a connu les principaux chercheurs engagés sur cette question, notamment Henri Mendras, auteur de La Fin des paysans, livre-enquête paru en 1967 qui a connu un certain retentissement.
Il est l’auteur de plusieurs livres politiques, dont Le Sacrifice des paysans — Une catastrophe sociale et anthropologique, réflexion sur la transformation de la paysannerie française depuis la Seconde Guerre mondiale cosignée avec le sociologue Yves Dupont. Il coanime aussi le blog L’Antivol.
Reporterre — Depuis décembre, le monde agricole a de nouveau investi les rues pour crier sa colère contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, une maladie bovine grave, et l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Cela vous paraît-il justifié ?
Pierre Bitoun — Cette colère est on ne peut plus justifiée, tant au regard de la situation gravissime dans laquelle se trouve la majorité des agriculteurs et des paysans que des réponses qui leur sont apportées par les gouvernants. On ne tient absolument pas compte d’eux, on fait toujours prévaloir le dogme du libre-échange, de la concurrence mondialisée, quoi qu’il en coûte. On procède à l’abattage complet des troupeaux pour préserver la circulation de la marchandise et les possibilités d’exportation, sans souci de la souffrance tant humaine qu’animale.
Cette énième « crise » n’est, au fond, que la partie émergée de l’iceberg. Ce qui est en jeu, c’est une disparition qui remonte loin, très loin dans le temps et qui est désormais entrée, dans des pays tels que le nôtre mais également un peu partout dans le monde, dans sa phase terminale ou quasi terminale (...).
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