27/01/22

« Au recours principal à la puissance publique est préférée par l’auteur la multiplicité des collectifs »

Recension de Faire sécession d'Éric Sadin par Cécile Renourd dans la revue Études.

Comment « faire commun », guidés par le souci du respect de la dignité de chaque personne, dans des sociétés en proie à un endormissement des consciences et à une marchandisation croissante ? La surveillance numérique généralisée et les modèles technico-économiques actuels nous leurrent et sont écologiquement insoutenables. Éric Sadin invoque un devoir catégorique d’interposition, dans le prolongement de l’impératif catégorique de Kant, au service de communautés politiques composées de personnes considérées comme des fins les unes pour les autres. Le philosophe analyse avec finesse les problèmes posés par certaines voies réformistes : l’attention aux autres qu’humains promue à la suite de Philippe Descola et Bruno Latour ne doit pas nous éloigner des luttes sociales ; le film Demain (Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015), qui a nourri un imaginaire collectif d’une société possible, ne doit pas éluder les impasses d’une somme d’initiatives individuelles qui, à elles seules, ne peuvent changer nos structures. Au recours principal à la puissance publique est préférée par l’auteur la multiplicité des collectifs, en vue d’une « institutionnalisation de l’alternatif », mais les moyens pour y parvenir laissent le lecteur sur sa faim. La force de l’ouvrage tient sans doute à son interpellation à l’égard de nos capacités citoyennes de mobilisation pour créer les conditions de sociétés plus justes et désirables. La figure de Simone Weil est souvent invoquée pour nourrir une réflexion sur les justes enracinements et lutter contre les déracinements aliénants, tout en visant une amitié politique qui, à certains égards, fait écho à celle qu’invoque le pape François dans Fratelli tutti.

Pour lire la suite : www.revue-etudes.com/article/faire-secession-d-eric-sadin-24060

Éric Sadin