la maison

Nous vivons dans l’ère du vide intellectuel, culturel et moral. Dernier avatar des mythologies du progrès, la technologie envahit toutes les sphères de la vie. La déterritorialisation des espaces économiques et productifs accompagne la marchandisation croissante de tous les rapports humains et sociaux. Les grandes utopies qui avaient remplacé Dieu agonisent alors que celui-ci ressurgit. Les derniers espoirs d’émancipation semblent vains face au développement incessant de la consommation de soi, du monde et des autres.
Alors que l’intimité se surexpose, chacun se replie dans sa bulle, sa famille, sa communauté. Le capitalisme ruine le monde et uniformise les aspirations et les comportements. Cet appauvrissement généralisé de populations toujours plus formatées et grégarisées entraîne la recrudescence de fictions nocives (religions, marques ou numérisme), qui permettent de s’imaginer toujours vivant. Virtualisation et accélération globale du monde éloignent l’individu du réel et de ses possibilités d’agir sur lui. Impuissance totale face au sentiment de toute-puissance que procurent les écrans.
Notre époque est épuisée, elle anéantit toute aspiration à la révolutionner. Le risque n’est plus tant de perdre le combat que de ne jamais atteindre le champ de bataille. Dans ce contexte hostile, notre envie d’éditer des livres en nous inscrivant dans une histoire révolutionnaire se fait chaque jour plus pressante. Des textes sur du papier, réel, charnel qui effraie les croisés de la colonisation numérique. Une structure éditoriale indépendante des groupes monopolistes qui phagocytent et tuent à petit feu l’édition en transformant connaissances et œuvres en produits. Des phrases qui donnent à penser dans cette civilisation du loisir et du divertissement permanent. Des livres qui vivent, durent, s’installent et poursuivent une histoire, à l’époque du culte de l’instant présent qui ordonne le passé en un vaste réservoir à musées et commémorations. Des écrits pour abolir l’objet éphémère de la pure consommation et retrouver l’objet singulier, relié et porteur de sens qui permet à la vie de dépasser le stade de la survie.