14/10/20

« Et si la course en avant technologique n'annonçait pas forcément des lendemains qui chantent ? »

Recension de La Machine s'arrête d'E. M. Forster par Émilien Bernard dans le Canard enchaîné.

C'est un monde où la Machine répond à tous vos besoins, comme par magie. Vous n'avez plus de raison de sortir de votre trou, elle supplée à tout. Dans cette "petite chambre de forme hexagonale, comme une alvéole d'abeille", qui vous tient lieu d'univers, vous pouvez parler au monde entier, tout vivre, tout apprendre.
C'est ce qui arrive au personnage principal de ce court récit, Vashti, femme larve qui dialogue avec son fils, Kuno, vivant de l'autre côté dela terre. Et qui s'insurge quand l'impudent critique leur existence et rêve de grains de sable grippant les mécanismes : "Tu ne dois rien dire contre la Machine." Compris, espèce d'amish ? Mais, ce qui est stupéfiant avec ce texte d'anticipation du Britannique E. M. Forster, c'est qu'il a été écrit en 1909. Et qu'il dépeint tellement bien certains travers de notre monde ultra-connecté qu'il pourrait avoir été rédigé hier. Pas une prophétie, non, mais le début d'un doute : et si la course en avant technologique n'annonçait pas forcément des lendemains qui chantent ?